Le dernier pour la route

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Le dernier pour la route

Hervé (François Cluzet), patron d’une agence de presse décide d’en finir avec l’alcool.
Loin de tout et grâce aux autres, il parvient à combattre sa dépendance en repartant vers une nouvelle vie.

Date de sortie :
23 Septembre 2009
Réalisé par Philippe Godeau
Avec François Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz
Film français.
Genre : Drame
Durée : 1h 47min.
Année de production : 2009
Distribué par Wild Bunch Distribution

ENTRETIEN AVEC PHILIPPE GODEAU

Après les casquettes de producteur et de distributeur, en voilà une nouvelle pour vous, celle de réalisateur. Etait-ce un défi ?

Tout ça s’est fait un peu presque malgré moi, mais en même temps c’est sans doute ma plus belle expérience depuis que je travaille dans le cinéma. Je n’avais jamais pensé à réaliser un film, j’ai toujours été très heureux dans la distribution et la production. Lorsque j’ai acheté les droits de ce livre, je n’avais pas du tout dans l’idée de le réaliser. J’ai rencontré plusieurs metteurs en scène pour leur proposer l’adaptation. Mais l’angle qu’ils voulaient prendre n’était pas, de mon point de vue, le bon. Pour la première fois, je me suis plus impliqué dans l’écriture, en me disant : « On proposera le scénario au metteur en scène après… ». J’ai travaillé avec Agnès de Sacy, puis, quand je l’ai de nouveau proposé à Jaco Van Dormael ou à des gens de mon entourage, ils m’ont plutôt encouragé à le réaliser moi-même. Aujourd’hui, je n’ai qu’une envie, c’est de faire un autre film.

Qu’avez vous ressenti en lisant le livre d’Hervé Chabalier ?
C’est un livre que l’on ressent, qui m’a énormément touché. Je l’ai lu comme un roman, très rapidement  et, dès le lendemain matin, j’ai appelé pour avoir les droits. Ça m’était déjà  arrivé quand j’avais lu La mort intime de Marie de Hennezel. A priori ce ne sont pas des livres évidents à adapter mais pour moi c’était une révélation, une évidence.

On dit souvent qu’un réalisateur met beaucoup de lui-même dans un premier film.
Je ne saurais pas faire un film qui ne me parle pas. En tant que producteur, cela m’a toujours intéressé de faire des films qui peuvent être non seulement des oeuvres de cinéma, mais aussi véhiculer un message. C’est ce que j’aime dans le cinéma, ce mélange artistique et proche de la société. Donc oui, évidemment, c’est un film qui me parle. Le film est une adaptation de l’histoire de la vie d’Hervé Chabalier, dont le livre était réussi parce que sincère. J’ai donc essayé d’être aussi sincère que lui. Quand j’ai montré le film à Hervé, j’étais à la fois très ému et inquiet. Le fait qu’il soit touché par le film était important pour moi. Même si je n’ai pas fait le film pour Hervé mais dans le but de sensibiliser le plus de personnes possible à ce sujet.

Le film ressemble-t-il à celui que vous imaginiez en l’écrivant avec Agnès de Sacy ?

Oui et non. Ce qui est vraiment magique quand on fait un film, c’est que les choses vous échappent. C’est magique quand vous mettez un récit en place et qu’une scène se met à vivre, que les acteurs amènent quelque chose qui est au-delà de ce que vous avez pu écrire, imaginer, et de laisser les choses vous échapper. Pour moi, c’est curieusement ce qu’il y a de plus émouvant et de plus fort : quand le film ne vous appartient plus vraiment.

Le film traite de la dépendance en général, beaucoup plus vaste que la seule dépendance à l’alcool. Etait-ce une évidence dès l’écriture ?
C’est vrai que le sujet du film est plus large que l’alcoolisme, mais honnêtement je ne peux pas dire que c’était calculé. A travers un exemple, un personnage ou un groupe, tout le monde peut s’identifier un petit peu, même si on n’est pas obligé d’être alcoolique ou de souffrir de dépendance pour être sensible aux situations vécues par les personnages. Chacun de nous, à un moment de sa vie, peut souffrir d’une dépendance. Je crois que le film dit surtout que c’est en s’ouvrant, en parlant, que cela peut s’arranger.

Votre leitmotiv a-t-il été de faire de ce sujet grave un divertissement ?
Tout à fait. J’aime le cinéma où l’on ne s’ennuie pas. J’aime bien l’idée qu’un film nous change un peu quand on sort de la salle. En tant que producteur, j’aime également pouvoir travailler pendant deux ans sur une histoire et des personnages qui sont à l’opposé de moi. J’étais totalement hypocondriaque quand j’ai acheté les droits du livre La mort intime de Marie de Hennezel, et son adaptation au cinéma, C’est la vie de Jean-Pierre Améris, m’a un peu changé. J’espère qu’il en sera de même pour les spectateurs du Dernier pour la route.

Sur le tournage à Aix-les-Bains, l’ambiance était extrêmement bienveillante. Cette cohésion était elle importante pour aller dans le sens du projet ?

Oui je crois. Il fallait que ça nous touche d’abord pour avoir une chance de toucher les autres. François Cluzet dit très justement qu’un acteur ne peut pas être seul. C’est l’histoire d’un groupe, donc il fallait que ce groupe existe. J’ai eu la chance que chacun amène, au-delà de sa performance d’acteur, sa personnalité et sa sincérité.

Avant le tournage, avez-vous assisté à des réunions d’Alcooliques Anonymes ?
Le centre de cure du film est inspiré de celui du livre. Hervé est allé dans un centre qui applique la méthode du Minnesota, qui aide les gens à ne plus être dépendants et qui pourrait servir à n’importe qui, dans la recherche d’une certaine qualité de vie. Je suis allé dans cet endroit et j’y ai passé un certain temps.
Le travail de thérapie de groupe est insensé. On ne peut pas l’expliquer tant qu’on ne l’a pas vécu. Chaque personne, en donnant d’elle-même, en faisant partager son expérience, va aider l’autre à aller mieux.

On a le sentiment qu’avec ce film, comme avec le livre d’Hervé Chabalier, vous allez aider les gens.

Pour moi, il y a eu un avant et un après Les nuits fauves de Cyril Collard. Après ce film, on a parlé du SIDA alors qu’on n’en parlait pas avant. J’espère qu’après ce film on parlera de la dépendance plus facilement.

Pouvez-vous revenir sur les difficultés que vous avez rencontrées concernant le casting ?
Tous les acteurs à qui l’on a proposé le rôle d’Hervé ont dit « oui » à peu près en 24 heures. Puis, ça ne s’est finalement pas fait. Ce qui est drôle, c’est que la première personne à qui j’avais donné le livre il y a quelques années était François Cluzet. Il ne l’avait alors pas lu, il n’en avait pas envie à ce moment-là. Je crois qu’il en avait une mauvaise perception : il pensait qu’Hervé racontait sa dérive. Aujourd’hui, c’est un bonheur d’avoir fait ce film avec François, et je pense que personne n’aurait pu tenir ce rôle
aussi bien que lui.

Comment avez-vous travaillé avec François Cluzet lors de la préparation et sur le tournage ?
On s’est vus environ trois semaines avant le début du tournage, et on a beaucoup parlé, de nous, de choses assez intimes, très simplement, en confiance. Je pense que ça a permis à François de s’abandonner. Il a donné dans le film des choses insensées sans même que je n’ai à le lui demander.

Et votre rencontre avec Mélanie Thierry ?
C’est la première personne que j’ai appelée et il se trouve qu’elle était enceinte à ce moment-là. Elle adorait le scénario, mais elle m’a dit qu’elle ne s’en sentait absolument pas capable. Avoir un bébé et devoir, deux mois après, jouer une alcoolique défoncée était compliqué. J’ai donc cherché, rencontré beaucoup de jeunes filles, et j’ai su par Jérôme Salle qu’elle était toujours disponible. Elle m’a alors rappelé et m’a dit : « Je le fais ! ». Pendant le tournage, elle m’a fait le plus beau des compliments, elle m’a dit : « C’est la première fois qu’on me regarde jouer ».

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